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Vers un tourisme de développement et de solidarité

lundi 22 mai 2006

Addendum àla Déclaration de Montréal

« Pour une vision humaniste et sociale du tourisme  »

Préambule

Depuis l’adoption de la Déclaration de Montréal en 1996, le contexte politique mondial a évolué de telle sorte qu’ « Ã la fin de l’histoire  » (expression utilisée par Francis Fukuyama au début des années 1990 pour souligner le triomphe de la démocratie libérale1) a succédé une période beaucoup moins glorieuse que ce qui fut pompeusement annoncé. En effet, la montée en force du néo-libéralisme a suscité son lot de protestations de la part d’altermondialistes de tous horizons qui condamnent les dictats du libre marché et ses multiples effets négatifs sur la vie des personnes et des collectivités en creusant, notamment, les écarts entre les riches et les pauvres, non seulement entre les pays mais aussi àl’intérieur des pays. La peur du terrorisme, au lendemain des événements du 11 septembre 2001, a réveillé l’État régalien et la quête de la sécurité àtout prix. La poussée économique de pays tels que la Chine, l’Inde, le Brésil, rend encore plus criants les écarts considérables entre les conditions de vie des populations des divers continents : àce chapitre, le continent africain peine àtrouver le chemin d’un réel développement.

Plus que jamais, la croissance économique axée sur l’exploitation excessive des ressources est remise en question. Même si l’Accord de Kyoto a bénéficié en 2005 d’un second souffle, même si les populations sont davantage convaincues de la nécessaire protection de l’environnement, il n’en demeure pas moins que la Terre est en danger et les catastrophes naturelles des dernières années rappellent la fragilité des écosystèmes et l’urgence de mettre en œuvre des stratégies de développement durable.

Dans ce contexte général, le tourisme mondial, qui se caractérise par une forte résilience, continue sa progression, avec quelques périodes de ralentissement occasionnées par les catastrophes naturelles, les dangers sanitaires, les guerres, le terrorisme… Il s’agit principalement d’un tourisme de masse qui n’apporte pas toujours les effets positifs escomptés et qui laisse en plan des segments importants de populations ; un tourisme de masse qui, par sa structure industrielle, provoque trop souvent une fuite des bénéfices vers les pays émetteurs au détriment des populations d’accueil, ce qui est de plus en plus dénoncé par ceux qui proposent des formes douces de tourisme en mettant l’accent sur la responsabilité et la solidarité des parties prenantes.

De quelques actions du Bureau international du tourisme social

Le Bureau international du tourisme social a pris la mesure de tous les bouleversements et les évolutions des dix dernières années. Il a continué son internationalisation par le développement de la Section des Amériques, amorcé en 1994, et la création en 2004 de la Section africaine. Il a par ailleurs renforcé son influence auprès de diverses instances de l’Union européenne, en n’oubliant pas les pays de l’ex-Europe de l’Est dont les structures de tourisme social ont connu de profondes mutations.

Dans une perspective d’ouverture au monde et comme contribution àune « autre mondialisation  » qui repose sur des valeurs de partage et de solidarité, le BITS et ses membres ont accordé une importance grandissante au tourisme durable et encore plus au tourisme solidaire au point de créer une commission sur ce phénomène en expansion. Les questions d’équité sociale et de responsabilités individuelles des touristes et des hôtes restent toujours d’actualité pour le BITS qui ambitionne de promouvoir un tourisme contribuant àla lutte contre l’exclusion et au renforcement de la cohésion sociale dans les pays du Nord comme dans les pays du Sud.

Malgré le vieillissement de la population dans les pays industrialisés – ce qui les conduit àentreprendre des actions énergiques en faveur de ce marché en forte croissance que représentent les « séniors  » – les jeunes encore très nombreux dans plusieurs pays demeurent une priorité pour le BITS qui a mis sur pied une commission consacrée au tourisme des jeunes. Le BITS a tenu aussi diverses consultations pour créer un lieu de réflexion permanent sur l’accessibilité aux personnes àmobilité réduite.

L’influence du BITS s’est fait sentir auprès de l’Organisation mondiale du tourisme qui a adopté, en 1999, le Code mondial d’éthique du tourisme dont certains articles réfèrent directement au tourisme social. Le BITS s’est engagé àen faire la promotion et le président du BITS siège au comité chargé de sa mise en œuvre. Lors du Sommet sur l’écotourisme en 2002, organisé par l’OMT et le PNUE, les intervention des représentants du BITS ont amené l’adoption d’un objectif d’accessibilité de l’écotourisme dans la Déclaration finale, car l’écotourisme ne doit pas représenter un segment de marché àcaractère élitiste, mais être accessible àtous sans discrimination, tout en respectant la préservation des ressources naturelles et culturelles des lieux visités. En 2005, le BITS a aussi réalisé, avec l’appui de l’OMT, une étude sur les concepts et les réalités du tourisme social et solidaire en Afrique, étude dont les résultats préliminaires furent présentés àDakar lors de l’Assemblée générale de l’OMT.

Enfin, le BITS s’est affirmé comme un véritable réseau international de l’économie sociale et solidaire dans le secteur du tourisme ; àce propos, il a créé des liens avec des organisations qui ne se contentent pas de résister àla mondialisation àcaractère libéral, mais qui veulent construire une mondialisation différente. Il a participé àDakar, en 2005, àla 3e Rencontre internationale de l’économie sociale et solidaire organisée par le Réseau intercontinental pour la promotion de l’économie sociale et solidaire (RIPESS) et au Forum international sur le tourisme solidaire et le commerce équitable, tenu au Chiapas (Mexique) au début de l’année 2006.

Des précisions et des ajouts àla Déclaration de Montréal

La Déclaration de Montréal a rappelé la pertinence historique et actuelle du tourisme social comme « faiseur de société  », « facteur de puissance économique  », « acteur de l’aménagement du territoire et du développement local  » et également « partenaire des programmes de développement mondial  ».

Elle a permis de préciser, aux articles 13 à15, les critères d’identification du tourisme social qui ne se limitent pas aux seuls aspects juridiques bien que le tourisme social soit animé et géré principalement par les acteurs de l’économie sociale que sont les associations et les coopératives. Elle a mis l’accent plus que par le passé sur la nécessité de protéger l’environnement et de respecter l’identité des populations locales. La Déclaration de Montréal a introduit une relation de solidarité entre les touristes et les populations d’accueil avec comme objectif « un développement durable et soutenu  ».

En réaffirmant l’actualité et la pertinence de la Déclaration de Montréal, adoptée en 1996, les membres du BITS, réunis lors de l’assemblée générale tenue àAubagne en mai 2006,

  1. rappellent, en précision de l’article 1, le rôle des organisations syndicales de salariés, indépendantes et démocratiques, dans la promotion et la défense du droit de toute personne àune limitation du temps de travail et aux congés payés ;
  2. précisent que le plein épanouissement de l’être humain, en tant que personne et en tant que citoyen, constituant l’objet essentiel de toute action du développement touristique tel qu’affirmé àl’article 2, concerne àla fois les visiteurs et les visités ;
  3. souhaitent que les acteurs du développement touristique soumis, selon les termes de l’article 7, aux mêmes exigences de compétence, de rigueur et de performance veillent àce que dans leurs transactions, celles-ci permettent d’accroître les bénéfices et les retombées économiques pour les populations des pays d’accueil ;
  4. réaffirment, en complément de l’article 9, que les populations des pays d’accueil doivent avoir accès àleurs propres ressources touristiques comme aux bénéfices du tourisme et que les visiteurs doivent être accueillis sans discrimination, en privilégiant des groupes dont la dimension est adaptée pour éviter les impacts négatifs sur les environnements naturel et culturel ;
  5. considèrent qu’une attention toute particulière doit être apportée aussi bien aux familles, aux jeunes et aux personnes du troisième âge, tels que mentionnés àl’article 3, qu’au développement des voyages ou des séjours pour les enfants et les adolescents y compris sur le temps scolaire ; pour beaucoup d’entre eux, ces voyages sont des moments privilégiés de découverte d’autres environnements, d’autres personnes et concourent, tout en leur donnant le goà»t du voyage, àla réalisation du lien social ;
  6. soutiennent que les populations de plusieurs pays, principalement celles des pays du Sud et de quelques pays de l’Est, ne doivent pas être contraintes, par des mesures politiques et administratives, àne participer àl’activité touristique internationale que sous l’angle de l’accueil des visiteurs et qu’en conséquence des efforts doivent être entrepris àtous les niveaux pour garantir la libre circulation des personnes en favorisant l’obtention de visas de tourisme ;
  7. proposent, dans la perspective d’un partenariat aux programmes de développement mondial tel qu’affirmé aux articles 11 et 12, d’encourager les opérateurs de tourisme et les visiteurs àappuyer concrètement et financièrement, dans un esprit de solidarité, des projets de développement dans les communautés locales visitées ;
  8. affirment que, parmi les acteurs mentionnés àl’article 12, avec lesquels on doit établir des formes de coopération et de partenariat, il faut notamment intégrer les associations locales de développement àbut non lucratif, les organisations non gouvernementales (ONG) de coopération et les entreprises d’économie sociale et solidaire engagées dans des opérations de finances solidaires, de commerce équitable et de micro-crédit ;
  9. précisent qu’une gestion valorisante du personnel, conforme aux lois sociales, présentée àl’article 14 comme un critère d’identification du tourisme social, doit respecter les principes énoncés par l’Organisation internationale du travail, les droits fondamentaux au travail et les conventions collectives en vigueur ;
  10. proclament qu’en dépit des problèmes posés par le terrorisme international et les catastrophes naturelles et de la nécessité, en conséquence, d’accroître la sécurité internationale, il faut non seulement assurer le développement du tourisme, mais surtout œuvrer pour faire du tourisme un réel levier de développement durable, de rapprochement entre les peuples, de dialogue entre les cultures et les religions, en vue de consolider la paix dans le monde.
Texte proposé au Collège et au CA du BITS par Louis Jolin, professeur àÉcole des sciences de la gestion de l’Université du Québec àMontréal, responsable du Comité scientifique du BITS avec la collaboration de cinq autres membres dudit comité, Jacques Chauvin (France), Mimoun Hillali (Maroc), Claude Pirard (Belgique), Christian Juyaux (France) et Bruno Sarrasin (Canada). Ont également apporté leur concours Norberto Tonini (Italie) et François Soulage (France).

Adopté par l’Assemblée Générale du BITS àAubagne en Provence le 10 Mai 2006.

Voir en ligne : Bureau International du Tourisme Social

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