Addendum à la Déclaration de Montréal
Préambule
Depuis l’adoption de la DĂ©claration de MontrĂ©al en 1996, le contexte politique mondial a Ă©voluĂ© de telle sorte qu’ « Ă la fin de l’histoire  » (expression utilisĂ©e par Francis Fukuyama au dĂ©but des annĂ©es 1990 pour souligner le triomphe de la dĂ©mocratie libĂ©rale1) a succĂ©dĂ© une pĂ©riode beaucoup moins glorieuse que ce qui fut pompeusement annoncĂ©. En effet, la montĂ©e en force du nĂ©o-libĂ©ralisme a suscitĂ© son lot de protestations de la part d’altermondialistes de tous horizons qui condamnent les dictats du libre marchĂ© et ses multiples effets nĂ©gatifs sur la vie des personnes et des collectivitĂ©s en creusant, notamment, les Ă©carts entre les riches et les pauvres, non seulement entre les pays mais aussi Ă l’intĂ©rieur des pays. La peur du terrorisme, au lendemain des Ă©vĂ©nements du 11 septembre 2001, a rĂ©veillĂ© l’État rĂ©galien et la quĂŞte de la sĂ©curitĂ© Ă tout prix. La poussĂ©e Ă©conomique de pays tels que la Chine, l’Inde, le BrĂ©sil, rend encore plus criants les Ă©carts considĂ©rables entre les conditions de vie des populations des divers continents : Ă ce chapitre, le continent africain peine Ă trouver le chemin d’un rĂ©el dĂ©veloppement.
Plus que jamais, la croissance économique axée sur l’exploitation excessive des ressources est remise en question. Même si l’Accord de Kyoto a bénéficié en 2005 d’un second souffle, même si les populations sont davantage convaincues de la nécessaire protection de l’environnement, il n’en demeure pas moins que la Terre est en danger et les catastrophes naturelles des dernières années rappellent la fragilité des écosystèmes et l’urgence de mettre en œuvre des stratégies de développement durable.
Dans ce contexte général, le tourisme mondial, qui se caractérise par une forte résilience, continue sa progression, avec quelques périodes de ralentissement occasionnées par les catastrophes naturelles, les dangers sanitaires, les guerres, le terrorisme… Il s’agit principalement d’un tourisme de masse qui n’apporte pas toujours les effets positifs escomptés et qui laisse en plan des segments importants de populations ; un tourisme de masse qui, par sa structure industrielle, provoque trop souvent une fuite des bénéfices vers les pays émetteurs au détriment des populations d’accueil, ce qui est de plus en plus dénoncé par ceux qui proposent des formes douces de tourisme en mettant l’accent sur la responsabilité et la solidarité des parties prenantes.
De quelques actions du Bureau international du tourisme social
Le Bureau international du tourisme social a pris la mesure de tous les bouleversements et les évolutions des dix dernières années. Il a continué son internationalisation par le développement de la Section des Amériques, amorcé en 1994, et la création en 2004 de la Section africaine. Il a par ailleurs renforcé son influence auprès de diverses instances de l’Union européenne, en n’oubliant pas les pays de l’ex-Europe de l’Est dont les structures de tourisme social ont connu de profondes mutations.
Dans une perspective d’ouverture au monde et comme contribution Ă une « autre mondialisation  » qui repose sur des valeurs de partage et de solidaritĂ©, le BITS et ses membres ont accordĂ© une importance grandissante au tourisme durable et encore plus au tourisme solidaire au point de crĂ©er une commission sur ce phĂ©nomène en expansion. Les questions d’équitĂ© sociale et de responsabilitĂ©s individuelles des touristes et des hĂ´tes restent toujours d’actualitĂ© pour le BITS qui ambitionne de promouvoir un tourisme contribuant Ă la lutte contre l’exclusion et au renforcement de la cohĂ©sion sociale dans les pays du Nord comme dans les pays du Sud.
MalgrĂ© le vieillissement de la population dans les pays industrialisĂ©s – ce qui les conduit Ă entreprendre des actions Ă©nergiques en faveur de ce marchĂ© en forte croissance que reprĂ©sentent les « sĂ©niors  » – les jeunes encore très nombreux dans plusieurs pays demeurent une prioritĂ© pour le BITS qui a mis sur pied une commission consacrĂ©e au tourisme des jeunes. Le BITS a tenu aussi diverses consultations pour crĂ©er un lieu de rĂ©flexion permanent sur l’accessibilitĂ© aux personnes Ă mobilitĂ© rĂ©duite.
L’influence du BITS s’est fait sentir auprès de l’Organisation mondiale du tourisme qui a adopté, en 1999, le Code mondial d’éthique du tourisme dont certains articles réfèrent directement au tourisme social. Le BITS s’est engagé à en faire la promotion et le président du BITS siège au comité chargé de sa mise en œuvre. Lors du Sommet sur l’écotourisme en 2002, organisé par l’OMT et le PNUE, les intervention des représentants du BITS ont amené l’adoption d’un objectif d’accessibilité de l’écotourisme dans la Déclaration finale, car l’écotourisme ne doit pas représenter un segment de marché à caractère élitiste, mais être accessible à tous sans discrimination, tout en respectant la préservation des ressources naturelles et culturelles des lieux visités. En 2005, le BITS a aussi réalisé, avec l’appui de l’OMT, une étude sur les concepts et les réalités du tourisme social et solidaire en Afrique, étude dont les résultats préliminaires furent présentés à Dakar lors de l’Assemblée générale de l’OMT.
Enfin, le BITS s’est affirmé comme un véritable réseau international de l’économie sociale et solidaire dans le secteur du tourisme ; à ce propos, il a créé des liens avec des organisations qui ne se contentent pas de résister à la mondialisation à caractère libéral, mais qui veulent construire une mondialisation différente. Il a participé à Dakar, en 2005, à la 3e Rencontre internationale de l’économie sociale et solidaire organisée par le Réseau intercontinental pour la promotion de l’économie sociale et solidaire (RIPESS) et au Forum international sur le tourisme solidaire et le commerce équitable, tenu au Chiapas (Mexique) au début de l’année 2006.
Des précisions et des ajouts à la Déclaration de Montréal
La DĂ©claration de MontrĂ©al a rappelĂ© la pertinence historique et actuelle du tourisme social comme « faiseur de sociĂ©tĂ©  », « facteur de puissance Ă©conomique  », « acteur de l’amĂ©nagement du territoire et du dĂ©veloppement local  » et Ă©galement « partenaire des programmes de dĂ©veloppement mondial  ».
Elle a permis de prĂ©ciser, aux articles 13 Ă 15, les critères d’identification du tourisme social qui ne se limitent pas aux seuls aspects juridiques bien que le tourisme social soit animĂ© et gĂ©rĂ© principalement par les acteurs de l’économie sociale que sont les associations et les coopĂ©ratives. Elle a mis l’accent plus que par le passĂ© sur la nĂ©cessitĂ© de protĂ©ger l’environnement et de respecter l’identitĂ© des populations locales. La DĂ©claration de MontrĂ©al a introduit une relation de solidaritĂ© entre les touristes et les populations d’accueil avec comme objectif « un dĂ©veloppement durable et soutenu  ».
En réaffirmant l’actualité et la pertinence de la Déclaration de Montréal, adoptée en 1996, les membres du BITS, réunis lors de l’assemblée générale tenue à Aubagne en mai 2006,
Adopté par l’Assemblée Générale du BITS à Aubagne en Provence le 10 Mai 2006.
Voir en ligne : Bureau International du Tourisme Social