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L’évolution du tourisme dans le monde, et la place des communes touristiques

Assemblée Générale A.N.M.S.C.C.T. Biarritz

lundi 14 juin 2004, par Patrick Viceriat

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Élus, Mesdames et Messieurs,

Je voudrais tout d’abord remercier les organisateurs de cette journée, et en particulier le Président Didier BOROTRA, le Secrétaire Général Philippe MOST, et bien sûr votre Déléguée Générale Géraldine LEDUC.

Le film que vous venez de voir, ou de revoir, retrace à mon sens très bien les grandes évolutions de la demande touristique, et de son environnement, et constitue une bonne introduction au sujet que vous avez choisi d’aborder cette année à savoir « l’évolution du tourisme dans le monde, et la place des communes touristiques ». Vous m’avez demandé d’intervenir sur un sujet complexe : « dresser le portait du touriste de demain », mais je dirais que c’est plutôt « une galerie de portraits de touristes de demain » qu’il faudrait essayer d’esquisser tant les segmentations qui s’annoncent sont fortes.

En effet, on assiste depuis quelques années à une profonde transformation des comportements, des pratiques et des attentes des touristes, même si nous devons toujours essayer de faire la part entre ce qui reste : « les fondamentaux », et ce qui change : les nouvelles attentes, les tendances, les modes, et il est important de ne pas tout mélanger.

Cela fait au moins 20 ans que les experts, les médias, et les commentateurs de tout poil nous présentent le phénomène du raccourcissement des séjours, et des courts séjours comme des phénomènes nouveaux !

Ce qui reste d’abord, les « fondamentaux » : toutes les enquêtes, en particulier celles réalisées lors des rapports « Réinventer les Vacances », et « Le Tourisme des Années 2010 », montrent que les 3 premières motivations des touristes sont les suivantes :

  • « se reposer »,
  • « se changer les idées », et
  • « se retrouver en famille ».
    Autres fondamentaux, « la trilogie de l’été » : le long séjour estival, l’attrait du soleil et l’exotropisme, et le besoin d’épanouissement.

Ce qui change ensuite sous l’influence de plusieurs facteurs majeurs qui transforment l’environnement de la demande touristique :

  • la fragmentation des ménages, la multiplication des grandes et petites familles, qui nécessitent tantôt de grands et tantôt de petits appartements, la progression des mono-ménages et des célibataires, et notamment des célis de plus de 30 ans, de plus en plus de 40 ans, et demain de plus de 50 ans ;
  • le rôle accru des femmes, dans la décision de l’achat touristique, et le Président Gérard BREMOND le sait bien lorsque le Groupe Pierre & Vacances a pris la décision d’installer des clubs enfants dans ses résidences de tourisme ;le vieillissement de la population, avec le phénomène croissant de la bi-résidentialité, et le rôle essentiel des dépenses touristiques dans la période de l’hors-saison dans de nombreuses destinations touristiques ;la progression de l’urbanité (80% des habitants vivront bientôt dans des villes), de la mobilité, et du nomadisme ;
  • l’extension des moyens de transport, et le rapprochement des marchés, avec les autoroutes et le TGV ;la transformation des valeurs de consommation (cf. rassurance) ;
  • l’imbrication, la porosité des temps de travail et de loisirs, et l’extension des nouvelles formes d’activité ;l’accès généralisé à Internet, et au haut débit, qui permet aux touristes de s’informer, de comparer avant de choisir (en particulier au niveau des prix), et de réserver à distance, même si certaines enquêtes - comme celle réalisée par le CRT Midi Pyrénées et l’ARDESI - montrent que les touristes internautes n’ont pas forcément des pratiques différentes des touristes tout court ;
  • enfin, la sensibilité à l’authenticité, à l’ambiance, à une architecture et une décoration typique (je voudrais mentionner ici l’opération de Pierre & Vacances à Belledune sur la Côte Picarde), à la protection de l’environnement, et la préférence pour les produits durables et consistants.

Les portraits de touristes que nous avions détaillés dans le rapport Réinventer les vacances restent de mon point de vue encore valables, et je voudrais ici vous en rappeler les principales :

  • Les casaniers, environ 10 millions de personnes qui font en 3 et 13 déplacements par an, et qui sont ceux qui partent le plus. Ce sont des touristes dits de « transplantation » qui ont le besoin de recréer ou de se retrouver avec leur famille dans un univers connu, de la résidence secondaire ou de la maison de famille. Ces sont les champions de l’inactivité.
  • Les globes-trotters : près de 9 millions de personnes qui font entre 3 et 4 déplacements par an, qui même s’ils restent attachés à la résidence secondaire ou aux séjours en famille, partent plus pour des voyages itinérants consacrés aux sports et à la découvert en France et à l’étranger.
  • Les amateurs : près de 9 millions de personnes qui font entre 3 et 4 déplacements par an, plutôt des mono-partants, surtout attirés par des visites de régions ou de pays ou des activités culturelles et sportives.
  • Enfin, les hors jeux, environ 14 millions de personnes, qui ne partent pas ou qui partent une fois par ans pour une escapade en ville.

Toutes les mutations de la demande que nous avons essayé de décrire ont entraaîé et vont continuer d’entraîner des profondes transformations des offres, des produits et des équipements, et cela appelle de nouvelles stratégies de valorisation touristique sur lesquelles je reviendrai tout à l’heure.

Et cela d’autant plus que comme vous le savez sans soute, et pour la première fois depuis 20 ans, la France vient de perdre plus de 3 points de fréquentation touristique étrangère. Le nombre d’étrangers accueillis dans notre pays baisse, même si la France reste la première destination mondiale, et la 3e en terme de dépenses derrière les Etats-Unis et l’Espagne.

Cette situation s’explique par le fait que notre pays dispose de 4 gros porteurs à nos portes qui pèsent entre 12 et 14 millions de visiteurs : L’Allemagne, la Grande Bretagne, les Pays Bas et la Belgique, pour qui nous sommes avant tout une destination automobile.

Il est vrai que nous sommes confrontés depuis plusieurs années, et en particulier depuis septembre 2001, à un environnement international particulièrement difficile avec :

  • la faiblesse de la croissance économique dans les pays européens ;
  • les conséquences de la Guerre en Irak ;
  • les attentats, et risques d’attentats, de la part d’Al Quaïda, et de ses réseaux ;
  • les épidémies (cf. pneumonie atypique) ;
  • la hausse des produits énergétiques et des matières premières ;

qui portent à l’attentisme au niveau des investissements, et se traduisent par une montée des préoccupations sécuritaires.

A cela s’ajoute l’intensification de la concurrence de la part des destinations du pourtour méditerranéen, de la Caraïbe, et de l’Asie.

J’ai eu l’occasion de participer en 2002 au dernier Forum des Pays Asiatiques sur le Tourisme, et j’ai pu constater à cette occasion l’ampleur des projets d’investissements touristiques existant dans cette partie du monde.

La conjoncture économique en France n’incite pas non plus vraiment à l’optimisme : croissance molle, niveau de chômage élevé, confiance en dents de scie des ménages, hausse rampante des prix, chantiers de réforme difficiles à mener : retraite, sécurité sociale,…

La France reste et restera cependant une destination porteuse même en période de crise :

  • C’est une destination de proximité, accessible en voiture, une destination de « luxe raisonnable », de charme avec une teinte d’exotisme, et un bon rapport qualité/prix.
  • Mais qui risque d’être concurrencée de plus en plus par des destinations plus lointaines sans une compétitivité accrue en termes de prix (cf. baisse des prix aériens). Et cela face à une montée de l’individualisme et de l’autonomie, avec le besoin de se démarquer, de pouvoir choisir, de comparer avec Internet.
  • Nous avons des atouts qu’il faudrait pouvoir mieux valoriser : coût et durée du séjour, accessibilité et faible distance, bon rapport qualité-prix, facilité à individualiser ses vacances.
  • On pourrait ainsi mieux tirer parti du fractionnement des séjours et des courts séjours, notamment avec le développement des compagnies low cost sur les courtes distances, et miser sur les vacances brèves (breaks), associant dépaysement et rupture dans un bref délai.

Je voudrais maintenant esquisser avec vous quelques pistes de stratégies qui concernent directement les communes touristiques :

  • il faut « débanaliser » la destination que ce soit une station ou une ville, son site, et ses produits, et affirmer ses points forts, et en premier lieu en matière d’environnement ;
  • aider les professionnels à mieux répondre aux attentes de clientèles porteuses, comme les seniors, ou les nouveaux marchés ; comme les touristes chinois, est-européens, russes, … ;
  • pratiquer des micro-adaptations, et engager un véritable « révolution du détail » à tous les niveaux : accessibilité, stationnement, urbanisme, couleurs, design, services, …, qui apportent de la valeur ajoutée aux sites ;
  • travailler l’offre immatérielle des sites, l’esprit et l’atmosphère des lieux, traiter l’aptitude des produits à satisfaire la liberté, la sensualité, l’individualité du touriste ;
  • intégrer mieux les nouveaux apports des technologies de l’information fixes, mais aussi et surtout mobiles pour des consommateurs qui seront toujours plus technophiles : construction de bases de données vocales et diffusion sur des terminaux mobiles, organisation de jeux de géocatching, . Le Conseil Général du Doubs avec le canton voisin suisse vient de consacrer quelques 800 000 euros à la mise en place d’une couverture mobile, avec Navidoo, un GPS safari, un système de réservation Résadoo,… ;

Enfin, je voudrais dire ici que les maires ont un rôle à mon sens essentiel dans l’adaptation de l’offre touristique de notre pays, et dans la préparation du tourisme des années 2015.

Stratèges et capables d’anticipation, ils sont aussi proches du terrain, et doivent sans cesse trouver des solutions concrètes et opérationnelles, en conciliant les intérêts des résidents et des professionnels, et les intérêts des touristes, et créer un environnement favorable au développement de l’économie touristique.

A cet effet, je voudrais citer ici le cas de Royan qui constitue une référence à la fois en matière de politique touristique volontariste, et un véritable laboratoire d’expérimentations de nouvelles méthodes de développement :

  • Royan a engagé un programme ambitieux en direction des seniors dans le cadre du Programme « Bien Vieillir » lancé par le Gouvernement ;
  • Royan vient de faire construire des habitats légers pour héberger des travailleurs saisonniers, et essayer de faire à ce délicat problème qui concerne la plupart des stations touristiques ;
  • Enfin, Royan a été la première ville française à signer un accord de coopération avec l’Agence China Travel Service pour préparer les professionnels du tourisme à accueillir de plus en plus de touristes chinois dans notre pays.

Je voudrais d’ailleurs vous signaler que de nombreuses villes chinoises sont la recherche de jumelages avec des villes françaises.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie.

P.-S.

Patrick Viceriat est Président de l’A.F.E.S.T.

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